03/06/2019

Diversité et entrepreneuriat : tous les commerçants logés à la même enseigne ?

Smiling people from different generations and cultures

La Région de Bruxelles-Capitale se distingue par son taux important d’indépendants « issus de la diversité ». Qui sont-ils ? Que font-ils ? Petit tour d’horizon en quelques chiffres à l’occasion de la sortie d’une nouvelle étude consacrée à la multiculturalité au sein des commerces bruxellois.

La tendance est connue depuis quelques années, le taux d’indépendants en Belgique est en croissance.

Ce que l’on sait moins, c’est que cette tendance est également observée chez les personnes d’origine étrangère, voire même plus importante. Avant d’aller plus loin, une définition s‘impose : il est généralement convenu qu’une personne est dite « d’origine étrangère » lorsqu’elle répond à au moins l’une de ces conditions :

  • La nationalité de la personne à la naissance est une nationalité étrangère
  • La nationalité actuelle est une nationalité étrangère
  • La première nationalité du père et/ou de la mère est une nationalité étrangère

En 2015, 20,8 % des indépendants en Belgique étaient d’origine étrangère mais, avec une croissance de près 39,8% entre 2008-2015, la progression d’indépendants d’origine étrangère est près de 3 fois supérieure à celle du groupe d’origine belge.

Genre et âge

En Belgique comme ailleurs, la proportion de femmes parmi les indépendants reste bien inférieure à celle des hommes. C’est également le cas lorsqu’on regarde ce taux sous le prisme de l’entrepreneuriat issu de la diversité ethnique et culturelle. Ainsi, le taux d’indépendantes d’origine étrangère était de 31,2% en 2015 et celui d’indépendantes d’origine belge de 35,5%. Dans un cas comme dans l’autre, le rapport était proche de ½ de femmes pour 2/3 de hommes.

En ce qui concerne l’âge, l’étude du SPF Economie parue en mars 2019 révèle que, si les indépendants belges sont plutôt âgés, l’indépendant d’origine étrangère est plutôt jeune. En distinguant les étrangers européens des non-européens, ce caractère jeune s’accentue davantage au profit des non-européens.

Dans quels types de métier se répartissent les indépendants belges et non belges ?

Les chiffres de l’INASTI révèlent qu’à échelle nationale les indépendants belges exercent plutôt une activité dans les professions libérales et intellectuelles, l’agriculture et les métiers de service alors que les non-belges se retrouvent plutôt dans les métiers du commerce et de d’industrie (en particulier le secteur de la construction).

Près de 40 % des indépendants d’origine étrangère exercent une activité dans le commerce et 26 % d’entre eux dans l’industrie, contre respectivement 30 % et 20 % chez les indépendants d’origine belge. Par contre, 30 % des indépendants d’origine belge exercent une profession libérale et intellectuelle. Pour les indépendants d’origine étrangère, cette part tourne autour de 24 %.

Ces chiffres révèlent un attrait particulier chez les personnes d’origine étrangère, du moins en 2015, pour l’exercice d’une profession en tant qu’indépendant. Lorsque c’est le cas, ceux-ci privilégient le commerce comme secteur d’activité. Ceci est par ailleurs pratiquement vrai autant pour les étrangers d’origine européenne que non-européenne.

Et à Bruxelles ?

Qu’en est-il à Bruxelles ? Avec un taux de 61,6%, les indépendants d’origine étrangère constituent tout simplement la majorité des travailleurs indépendants (alors qu’en Flandre, ce taux est de 13,2% et en Wallonie, 24,1%. En Belgique, il est de 20,8%).

Des différences parmi les générations

Le goût d’entreprendre se transmet-il à travers les générations ? Peut-on parler d’un éventuel facteur culturel ?

Les Belges de première génération : individus nés avec la nationalité belge

Les Belges de deuxième génération : individus nés avec la nationalité belge mais dont les parents sont nés avec une autre nationalité.

Les Belges de troisième génération : individus nés avec la nationalité belge et dont les parents sont également nés avec la nationalité belge, mais dont les grands-parents étaient d'unbe autre nationalité à la naissance.

A Bruxelles, les indépendants non-belges de première génération* forment le groupe le plus important. Ils sont 37,5% alors que les indépendants belges de première génération représentent 13,6 % des bruxellois.

Qu’en est-il des 2ème et 3ème générations ?

La différence constatée concerne plutôt la nature de l’activité. Ainsi, si les primo-arrivants privilégient le statut d’indépendant à titre principal, la deuxième génération sera plutôt constituée d’indépendants après l’âge de la pension tandis que la troisième s’orientera vers le statut d’indépendant à titre complémentaire.

Mais quels sont les facteurs qui incitent les non-belges à entreprendre et à s’orienter particulièrement vers le commerce ?

Une étude de l’UCM parue en 2016 évoque la porte d’accès que constitue l’entrepreneuriat, sans autre précision, pour des personnes peu qualifiées ou âgées.

Ce constat est globalement vrai mais, lorsque l’on s’intéresse aux métiers du commerce, dans lequel le taux de non-belges est particulièrement important, il est surprenant d’apprendre que le nombre de commerçants disposant d’un diplôme supérieur ou universitaire est assez important.

S’intéressant à la diversité ethnique et culturelle dans le commerce, hub.brussels a fait réaliser une enquête en 2019 portant sur 1.012 commerçants répartis sur l’ensemble de la Région de Bruxelles-Capitale : 38% des commerçants interrogés disposait d’un diplôme d’enseignement supérieur ou universitaire. Ce taux pouvait atteindre 46% dans la catégorie « soin de la personne » en raison de la nécessité de disposer d’un diplôme pour l’exercice de certains métiers tels que pharmacien.

D’autres chiffres révélés par cette enquête :

  • Dans l’échantillon de 1.012 commerçants interrogés, ce ne sont pas moins de 73 pays d’origine différents qui ont été rapportés !

  • cette diversité est encore plus grande lorsqu’on s’intéresse à la nationalité des parents des commerçants : 97 combinaisons de nationalités différentes ont pu être mises en évidence.

  • 81% des personnes interrogées avaient un métier avant d’être gérant d’un commerce : on distingue surtout des anciens employés (41%), puis des ouvriers (32%) et des indépendants dans un autre secteur d’activité (26%).

  • L’anglais est la seconde langue la plus parlée par ces commerçants, après le français Le néerlandais est la troisième.

Les entrepreneurs étrangers ou d’origine étrangère font-ils face à des difficultés spécifiques en raison de leur condition, telles que la barrière de la langue, de la discrimination ou des obstacles administratifs ?

Pour répondre à cette question hub.brussels a mené une dizaine d’entretiens approfondis avec des commerçants issus de la diversité ethnique et culturelle.

Les constats sont à peu près similaires à ceux de l’étude de l’UCM :

  • Les entrepreneurs issus de la diversité sont majoritairement confrontés aux mêmes freins que les autres.
  • La discrimination n’est pas un frein dans leur parcours entrepreneurial.
  • Du point de vue de ces entrepreneurs, il n’est pas pertinent de développer des outils qui leur seraient spécifiques . Qu’ils soient belges ou non-belges, les entraves les plus couramment rapportées sont les mêmes :
    • Difficulté d’accès au financement
    • Méconnaissance et/ou sous-utilisation des organismes d’aide et d’information

Auteur: Cassio Lopes, hub.brussels

Sources :

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