11/02/2019

Julien De Visscher: du conservatoire à l'entrepreneuriat et à MODS

Julien De Visscher: du conservatoire à l’entreprenariat et à MODS

On peut entrer au conservatoire pour devenir comédien et en sortir chef d’entreprise comme l’a fait Julien De Visscher, fondateur de l’atelier de menuiserie MCB et créateur de MODS, un système de cloisons modulables totalement innovant.

Comment passe-t-on des arts de la scène à l’entrepreneuriat ?

Julien De Visscher : Il y a dix ans, lorsque j’étais au conservatoire, je m’occupais déjà des décors pour les examens. A l’issue de mon cursus, on a continué à me solliciter. La demande ne cessant d’augmenter, j’ai lancé l’atelier de menuiserie MCB.

Et comment passe-t-on d’une activité traditionnelle à un concept aussi innovant que MODS ?

JDV : Je n’ai pas tardé à me heurter à un sérieux problème de rentabilité notamment à cause de la perte de matière trop importante lorsque je faisais du panneautage, une part importante de mon activité. J’ai donc analysé les décors réalisés jusque là et conçu voici presque cinq ans la première version du MODS, un dispositif qui me permettait de disposer d’une structure réutilisable basée sur des modules de 50x50 cm sur laquelle j’adaptais les finitions pour le décor de théâtre. A la clef, une économie de matière et surtout de main d’œuvre puisqu’il suffisait à chaque fois de boulonner le châssis. Il ne s’agissait donc plus vraiment de travail de menuiserie traditionnelle qui demande des compétences et prend beaucoup de temps. Cette première version de MODS a ensuite fait ses preuves dans d’autres secteurs, pour des stands, de l’aménagement de magasin.

MODS pouvait donc voler de ses propres ailes ?

JDV : Effectivement. Vu la demande grandissante, j’ai décidé d’en faire une activité à part entière, distincte de MCB qui s’est pour sa part spécialisé dans l’usinage numérique, petite niche très prometteuse. Quant à MODS, il a connu plusieurs évolutions dans le but d’en faciliter l’utilisation et la réutilisation, d’en améliorer le placement, la finition, le système d’attache, les accessoires. Désormais, il ne faut plus ni vis ni colle pour le monter. Une fois qu’une structure est démontée, c’est comme si elle n’avait jamais été utilisée.

Il me fallait un associé. En février 2018, j’ai rencontré Quentin Mercier qui s’est montré très enthousiaste pour le projet. Depuis, il travaille à la mise en place de toute la structure MODS pour en faire une activité à part entière.

Vous êtes donc l’un et l’autre entrepreneurs dans l’âme ?

JDV : J’ai lancé mon activité alors que j’étais encore au conservatoire ! Il est vrai que je viens d’une famille d’entrepreneurs. Cela aide au développement de cette mentalité.

Quentin Mercier : Je suis arrivé assez tardivement dans l’entrepreunariat même si j’ai toujours aimé cette idée. J’étais responsable d’une équipe qui faisait de l’implémentation de logiciels dans les ressources humaines au sein d’une entreprise classique. Cela n’avait donc rien à voir avec MODS. Je cherchais à changer de contexte, un projet avec plus de sens, un côté un peu plus entrepreneurial, où l’on pouvait construire quelque chose. Ici, c’est parfait. J’ai fait mes armes en entreprise, j’aime beaucoup la gestion, humaine et de projet, et MODS est un beau projet.

MODS qui a d’ailleurs déjà été lauréat du prix Be Circular et Réseau Entreprendre ?

JDV : C’est surtout le fait que MODS soit réutilisable qui nous a valu ce prix fort utile pour nous aider à développer et améliorer notre produit. On voudrait maintenant passer à une étape suivante. Nous sommes en train de réfléchir à une filière de bois de récupération, à développer une coopérative avec d’autre menuiseries pour récupérer chez elles le bois nécessaires à la fabrication des MODS qui serait confiée à des ateliers protégés pour mettre les gens à l’emploi. Cela fait aussi partie de la philosophie du produit: au-delà de l’aspect commercial pur, il y a un projet social et environnemental. Le prix nous a permis de tester cette filière de récupération. Le potentiel est là et nous comptons bien le mettre en œuvre cette année ou l’année prochaine.

Dans quelle mesure ce prix et les autres types de soutien offerts aux jeunes entrepreneurs sont-ils précieux ?

JDV : Grâce à MCB, j’ai eu la chance de disposer d’un outil me permettant de développer le projet MODS de manière tout à fait autonome et flexible. Je ne dépendais de personne pour créer, composer, réaliser mes propres prototypes. Mais cela prend énormément de temps qu’on ne passe pas à faire du business. Les aides de la Région et tout ce qui est subsides d’investissements permet de prendre le temps nécessaire. Grâce à cela, j’ai aussi pu au début pratiquer des tarifs tels qu’il était difficile au client de refuser. Nous avons ainsi pu challenger le produit pendant un an ou deux et l‘introduire sur le marché avant d’ajuster les prix. Cet argent nous a vraiment servi de matelas au développement et à la commercialisation.

Quel est votre premier bilan de l’aventure MODS ?

JDV : jusqu’à présent, c’est MCB et les subsides qui ont fait bouillir la marmite. En 2019, on vise l’autonomie de MODS parce qu’en termes de trésorerie, cela n’a pas toujours été facile pour MCB malgré les aides. Mais les choses commencent à bien se passer et nous allons pouvoir avancer.

QM : Cela va faire cinq ans que le produit existe, un an que Julien et moi tavaillons ensemble et la société vient d’être créée mais n’a pas encore enregistré de chiffre d’affaires. La levée de fonds actuellement en cours sur lita.co et qui devrait se terminer fin mars devrait nous permettre d’engager du personnel, d’acheter notre machine usineuse et de lancer l’activité à pleine vitesse. On sera vraiment dans une autre logique, plus industrielle, de production en grande quantité pour inonder le marché. En effet, la dernière version de MODS ne peut pas être rentable avec des outils classiques. C’est pourquoi nous faisons fabriquer une machine pour la production qui permettra d’atteindre la rentabilité. Cela n’aurait pas été possible sans aide.

Et vos perspectives d’avenir ?

QM : L’accueil des clients a toujours été très positif, voire enthousiaste. A nous maintenant de les inspirer, de les aider à imaginer ce qu’ils vont pouvoir faire avec MODS. Nous sommes en train de développer une application qui permettra à nos utilisateurs de modéliser eux-mêmes leur projet en trois dimensions au départ de quelques modèles préexistants qu’ils peuvent modifier à leur guise. Il ne leur reste plus alors qu’à passer commande en ligne et l’application calcule automatiquement les modules et accessoires nécessaires.

Nous avons décidé de cibler principalement deux marchés: l’événementiel au sens large, depuis l’organisation d’événements jusqu’aux expositions, aux foires avec des stands, et l’aménagement de bureaux qui va de la simple cloison à mi-hauteur sur un paysager jusqu’au bureau fermé avec plafond, fenêtre, mur, etc. L’année passée, nous avons participé à un projet assez intéressant mené sur le site du Citygate en partenariat avec le bureau d’architectes Dzerostudio et la société Entrakt, spécialisée dans l’exploitation temporaire de vieux immeubles industriels en attente de permis de rénovation. Il était primordial d’utiliser au maximum des matériaux de récupération et de réaliser des structures entièrement démontables. Sur un plateau complètement nu, nous avons créé des ‘boîtes-bureaux’ de 20m2 dont la structure est faite de MODS en bois de récupération.

Un petit conseil aux futurs entrepreneurs ?

JDV : Je leur conseillerais, chose un peu basique, de bien préparer leur projet, de le faire challenger chez hub.brussels ou chez d’autres entrepreneurs, des investisseurs, d’en parler à autant de monde que possible, et de bien prévoir leur trésorerie car là est la grosse difficulté. Il est toujours plus facile d’obtenir de l’argent quand c’est dans un cadre prévu à l’avance que quand il faut renflouer.

Auteur/Organisation: 
Catherine Aerts

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