04/10/2019

Urbike pour des livraisons à coups de pédale

Urbike pour des livraisons à coups de pédale

Ancien de CityDepot, Philippe Lovens est avec Delphine Lefèbvre et Renaud Sarrazin à la base de la toute jeune coopérative Urbike. Leur objectif: répondre à un besoin pour solutionner à vélo la livraison du dernier km en ville. Explications.

Quelle a été la réflexion à la base de la création d’Urbike ?

Philippe Lovens : Le potentiel du vélo en ville est énorme. A Bruxelles, les livraisons à vélo représentent actuellement moins de 0,1 % du total alors que CycleLogistics, une étude européenne, prouve qu’en ville on peut réaliser une livraison sur quatre à vélo en fonction du volume des objets transportés.

Il y a déjà à Bruxelles un petit noyau d’excellents coursiers spécialisés dans le transport de plis de petite dimension, dans les circuits courts, des marchés de niche, des livraisons urgentes ou pour des clients prêts à payer un peu plus cher. Delphine Lefèbvre, Renaud Sarrazin et moi-même avons réalisé que le vélo ne prenait pas la place qu’il devrait dans la distribution du dernier kilomètre en milieu urbain, ce maillon dans la chaîne logistique qui est le plus court mais pourtant le plus coûteux, tant économiquement qu’en termes d’impacts pour la mobilité et l’environnement. Nous avons donc décidé d’aborder cette problématique de manière innovante, de créer une entreprise capable de s’attaquer à ce problème.

Quelle est l’originalité d’Urbike ?

P.L. : Jusqu’ici, il était difficile au vélo de concurrencer la camionnette pour les tournées de livraison organisées. La découverte de la remorque mise au point par l’entreprise française FlexiModal a constitué un véritable déclic. Grâce à elle, il est en effet possible de transporter à vélo un volume beaucoup plus important (jusqu’à 2m³ et 200kg), sur palette Euro ou dans un conteneur, sans l’aide d’outil de manutention. Cette remorque permet de concrétiser l’idée de conteneurisation des marchandises: les clients remplissent à l’avance chez eux les conteneurs en vue de tournées de livraison efficaces; ensuite les coursiers récupèrent les conteneurs et la marchandise n’est réellement touchée qu’une fois, lors de la livraison chez le destinataire.

La conteneurisation, comme dans le transport maritime, permet de rationaliser et donc de limiter les coûts liés aux manutentions (chargement et tri). Cet outil constitue le premier des trois piliers de notre modèle.  Le deuxième est la solution IT, qui à terme nous permettra d’arriver à une réelle économie de partage: connecter efficacement et en temps réel le client et le coursier. Le troisième pilier est la dimension sociale: Urbike aspire à développer un modèle d’économie de plateforme socialement responsable qui puisse offrir un haut niveau de service grâce à des emplois locaux de qualité.

Cela fait aussi partie de votre spécificité…

P.L. : Oui, la constitution d’une société coopérative s’inscrit dans notre volonté de mettre en place une entreprise citoyenne. Basée sur un capital initialement 100% citoyen, la société coopérative Urbike rassemble 235 coopérateurs, chacun détenteur d’une voix à l’assemblée générale, qui veulent s’impliquer dans un outil qu’ils considèrent comme un levier important pour permettre la transition sociale, économique et environnementale nécessaire à la région bruxelloise. Notre coopérative valorise le travail avant le capital et notre gouvernance est participative.

Comment les choses se sont-elles passées concrètement ?

P.L. : Cela a démarré très vite, à partir d’octobre 2018. L’appel à projet d’Innoviris est tombé à point nommé alors que nous venions à peine de quitter CityDepot et d’avoir l’idée d’Urbike. Nous avons dû créer rapidement la coopérative pour pouvoir répondre à l’appel “Smart Mobility Challenge” (Test It). Cette poussée dans le dos nous a été bénéfique. Nous avons monté le projet ‘BCklet’, subsidié par Innoviris, qui nous permet de tester sur le terrain notre modèle livraison à vélo par conteneurisation avec quatre gros acteurs actifs pour l’un dans la livraison de colis et de courrier, pour un autre dans la livraison dans le retail (supermarchés), le troisième dans le monde pharmaceutique, et enfin le quatrième dans la livraison des repas à domicile à partir d’une cuisine centrale dans le cadre de soins à domicile.

Pour réaliser ce projet, urbike s’appuie sur un solide consortium de partenaires issus du milieu académique et du monde coopératif.  La Smart accueille la coopérative urbike dans son écosystème et nous fera profiter de son expérience sur les questions de développement et de gouvernance des plateformes coopératives. Forte de son expérience acquise dans l’arbitrage mené avec Deliveroo en Belgique, la Smart collaborera également avec l’Université de Saint-Louis pour avancer sur l’évolution du statut social des travailleurs de plateforme.

Febecoop apporte au projet le regard d’expert coopératif pour coordonner la mise en place de la gouvernance d’urbike, au service de son modèle économique et d’une gestion participative efficace. Enfin, le laboratoire MOBI de la VUB s’intéressera à l’évaluation des impacts des activités logistiques des clients du projet BCklet, dans le but de valoriser les externalités sociales (mobilité, bruit, confort) et environnementales (pollution) évitées par le nouveau modèle proposé par urbike.

En dehors d’Innoviris, avez-vous bénéficié d’autres aides ?

P.L. : Nous pouvons être reconnaissants envers Financité de nous avoir soutenus gratuitement dans la réalisation de nos appels à l’épargne afin de constituer notre capital de départ, et cela rapidement et efficacement. Nous avons également obtenu un coup de pouce financier de la part du fonds d’amorçage pour start-ups durables SE’nSE, créé par l’entrepreneur wallon Pierre Mottet:  en plus du prêt de 50.000 euro, nous avons bénéficié d’une belle visibilité et du puissant réseau de la Fondation pour les Générations Futures. Enfin, nous finalisons l’entrée dans notre capital de finance&invest.Brussels qui, via son outil financier CoopUS, double le capital que nous avions levé auprès des citoyens.

Urbike, startup ou entreprise sociale ?

P.L. : Etre à la fois coopérative et startup est un énorme challenge. L'entrepreneuriat social souffre d’idées préconçues. Nous nous définissons comme des entrepreneurs. Nous voulons faire d’Urbike un acteur incontournable dans le secteur de la livraison urbaine. Tout s’y passera comme dans une entreprise classique avec un service au client irréprochable, un modèle économique solide et pas plus de subsides qu’une autre entreprise.

Quant à nous, nous menons la même vie que des chefs d’entreprise normaux. Nous nous endormons avec notre projet, nous nous réveillons avec lui, nous le transpirons ! Mais les finalités sont différentes. Ce qui nous relie, c’est ce besoin de sens, nous voulons activement participer à l’accélération de la transition vers des villes durables et humaines. Nous avons opté pour un modèle qui valorise autant les externalités en terme écologique et social que les externalités financières.

Des conseils pour de futurs entrepreneurs ?

P.L. : Parlez, partagez votre projet sans craindre qu’on vous le vole. C’est ainsi qu’il mûrira, grandira. Ce n’est pas l’idée qui fait le projet, ce sont les gens qui sont derrière ! Trouvez pour vous entourer des personnes qui ont de l’expérience, capables de vous soutenir et de vous challenger. 

Il ne faut pas négliger le business model; c’est le moteur de l’entreprise. Il est indispensable et mieux vaut le soumettre à un maximum d’yeux critiques.

Enfin il faut y croire pleinement parce que ce projet devra être défendu à de nombreuses reprises. L’idée se travaille, s’affine, évolue au fil des rencontres et des confrontations. Il faut sans cesse arriver à se remettre en question sans perdre la confiance en soi et dans son projet. Par rapport à cela, le fait de nous associer pour entreprendre nous a beaucoup aidé.

Interview fait par Catherine Aerts

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